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„Siné Hebdo”, „Le canard qui ne respecte rien”, vend à 50 000 exemplaires et salarie une dizaine de personnes.
Par Ian Hamel

Ça ne s’invente pas, Maurice Sinet est né à… Pigalle le 31 décembre 1928. Il a eu plusieurs vies. Chanteur de cabaret, amateur de jazz, il a même travaillé dans des publications très sérieuses comme „L’Express”, avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, et „Révolution africaine”, en compagnie de Jacques Vergès. Depuis 1981, cet anarchiste anticlérical, anticapitaliste, anticolonialiste, signait dans „Charlie Hebdo”. En juillet 2008, il est mis à la porte par Philippe Val, le directeur du journal, qui ne lui pardonne pas une attaque contre Jean Sarkozy, le fils du président de la République.

Le pari de l’imprimeur. „La presse, et plus particulièrement Internet, m’a largement soutenu contre la direction de ‚Charlie Hebdo’. ‚Pourquoi ne lances-tu pas un journal ?’ m’a proposé un imprimeur ? Je te fais crédit”, raconte Maurice Sinet, plus connu sous le pseudonyme de Siné. Avec son épouse Catherine, et quelques amis, ils se jettent dans l’aventure, persuadés de ne travailler que pour la gloire. Le premier numéro de „Siné Hebdo”est vendu à… 130 000 exemplaires. Un deuxième, puis un troisième numéro suivent. Aujourd’hui, le journal, installé à Montreuil, près de Paris, a stabilisé ses ventes autour de 50 000 exemplaires. Il emploie une dizaine de permanents, sans compter 80 à 90 pigistes, notamment le dessinateur suisse Mix & Remix.
En fait, „Siné Hebdo” ressemble comme deux gouttes d’eau à „Charlie Hebdo”. Même format, même prix (deux euros), même jour de sortie, le mercredi, même goût pour la satire. Sauf que „Charlie” a trop mis d’eau dans son vin, allant jusqu’à montrer quelques sympathies pour … Nicolas Sarkozy. Pour preuve, le locataire de l’Elysée vient de promouvoir Philippe Val, son directeur, à Radio France! Résultat, „Charlie Hebdo” est en chute libre, aujourd’hui dépassé par „Siné Hebdo”. „‚Charlie Hebdo’ a perdu sa tradition libertaire. Dans la rédaction, les gens se détestent. Ils ne fument plus, ne boivent plus. Bref, ce ne sont pas des marrants”, ironise Siné. A 80 ans, le dessinateur ne crache ni sur la boisson, ni sur la „bonne bouffe”, ni sur le reste. Dans l’un de ses éditos, le „jeune” patron de presse envisage (pour rire) de réclamer un droit de cuissage aux collaboratrices de „Siné Hebdo”…
Il est difficile d’imaginer dans la presse romande qu’un journaliste puisse écrire qu’il prend son pied „à malmener les gens que je déteste et à louer ceux que j’aime”. Barrigue, qui n’a pas renoncé à lancer un hebdomadaire satirique, en sait quelque chose. „Certes, la presse papier se porte très mal. Mais s’il reste un secteur vierge qui peut trouver un écho, c’est bien un journal satirique comme ‚Le Canard enchaîné’, ‚Siné Hebdo’ ou ‚Charlie Hebdo’”, souligne l’ancien dessinateur du „Matin”.

Mœurs sexuelles des animaux. Siné, fondateur de „L’Enragé” en mai 1968, avec Jean-Jacques Pauvert, semble s’amuser comme un petit fou: „En juin, nous avons lancé notre premier hors-série afin de faire découvrir de jeunes dessinateurs que nous apprécions.” Le numéro s’appelle „La vie en rut” et raconte les mœurs sexuelles des animaux.” Tout un programme …



COUP DE GRIFFE
La vérité se paie
Dans EDITO (No 1), M. Giacomo Salvioni, président de l’association tessinoise des éditeurs de journaux et éditeur de „ La Regione Ticino”, déclare que les normes de la convention collective de travail, même si cette dernière n’a pas été renouvelée, sont toujours respectées.
Vu que notre devoir de journalistes est de rechercher la vérité, nous avons décidé de vérifier ces déclarations.
Apparemment les choses sont bien différentes. Il y a, d’une part, des journalistes employés à 80 pour-cent qui écrivent des articles à la pige pour 100 francs. Il y a, d’autre part, des amateurs qui écrivent sur le sport en n’acceptant que de l’argent de poche (photos inclues). Et puis il y a des pigistes qui travaillent plusieurs années dans la même rédaction sans être embauchés, ce qui constitue une évidente offense à la CCT.
Un exemple qui me concerne. Journaliste RP indépendant à Lugano, je me suis vu offrir par „La Regione” 150 francs pour une enquête de 4000 signes, plus une photo. Au barème de l’ancienne CCT, ce ne sont même pas trois heures de boulot! L’enquête, en réalité, m’a coûté plus d’une journée de travail, entre recherches, coups de téléphones et rencontres avec des informateurs. J’ai fait un rapide calcul qui m’amène à 600 francs, environ. Dur de se contenter de 150!
J’ai demandé aux autres journaux combien ils auraient payé le même travail. La réponse est invariable: tant le „Giornale del Popolo” que le „Corriere del Ticino” auraient appliqué le même tarif. Ce dernier journal aurait toutefois défrayé les frais.
En ce qui concerne la CCT, les associations professionnelles ont sans doute beaucoup à faire pour viser en particulier la défense de la qualité. Laquelle ne peut être complètement détachée de l’indépendance économique des professionnels de l’information. Avec des salaires inférieurs à 75 pour-cent du barème salarial de la CCT de 2004, travailler comme journaliste libre devient impossible. Conclusion, la prochaine fois, mon papier restera dans un tiroir.
On pourrait aussi se demander si le non respect de la profession de journaliste, parce que c’est de cela qu’il s’agit, n’est pas une des raisons de la „crise des éditeurs”. Ne donnons pas la faute seulement à la crise de l’économie globale.
Les journalistes du „Daily Telegraph” sont en train de le démontrer avec leurs articles sur les absurdes remboursements des parlementaires britanniques. Le bon journalisme d’enquête a donc encore un rôle a jouer dans la démocratie, même s’il faut le payer. Le scoop a fait exploser les ventes du „Daily Telegraph”. Avec 20 reporters travaillant sur le sujet, l’enquête est a mis à genou la classe politique du pays.
La qualité se paie. La vérité aussi, désormais.
Vito Robbiani

© EDITO 2009