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L’interview de Pascal Couchepin faite par une journaliste de la RSI a suscité chez le ministre une réaction d’énervement. Cette affaire est symptomatique de l’évolution du journalisme d’investigation et de la nécessité de redéfinir les rapports entre médias et politiciens.
Par Giorgia Reclari

L’interview du Conseiller fédéral Pascal Couchepin, menée par la journaliste de la RSI Serena Tinari dans le cadre de l’émission „Falò” sur la médecine complémentaire, ne s’est pas déroulée de façon pacifique. La position de M. Couchepin sur un sujet auquel il a toujours été particulièrement sensible a toujours été univoque.
Selon les résultats de l’enquête de „Falò” sur les tenants et les aboutissants de la décision d’exclure cinq médecines complémentaires de l’assurance de base, il y aurait une différence notoire entre la dernière esquisse du projet PEK (programme d’évaluation des médecines complémentaires) et la version définitive: dans l’esquisse. Trois médecines seraient ainsi retenues aptes à l’inclusion, mais dans le rapport officiel sur lequel M. Couchepin s’est basé, l’indication aurait été exclue, même si la recherche effectuée conduisait à ces conclusions.

„C’est une légende”, a affirmé P. Couchepin au cours de l’interview. Et face à l’insistance de Serena Tinari, il a réagi en manifestant une grande irritation, en perdant le contrôle et en lui ordonnant: „Allez-vous en! Vous n’êtes pas professionnelle! Ne remettez jamais les pieds dans mon bureau!”
Une réaction „inadmissible pour un ministre” selon la journaliste, „compréhensible” pour le chef de la communication du DFI Jean-Marc Crevoisier, présent lors de la rencontre, qui précise: „Madame Tinari n’était pas agressive, mais trop insistante sur un rapport que nous ne connaissons pas. Nous nous basons sur le rapport final qui fait foi.”
Pour Jean-Marc Crevoisier, poser plusieurs fois la question après avoir déjà obtenu une réponse, signifie „travailler sur des a priori”.
Cet épisode, qui s’est conclu de manière pacifique et s’est scellé par une poignée de mains, peut toutefois être interprété, selon Serena Tinari, comme le symptôme d’une tendance générale: „une réduction progressive du journalisme d’investigation dû au manque de temps et de ressources des rédactions ”.
Avec l’évolution générale de l’information qui à cause de la concurrence croissante vise de plus en plus la rapidité, les rédactions se concentrent presque exclusivement sur la chronique et les journalistes manquent souvent de temps pour pouvoir approfondir. „En conséquence de quoi, une enquête suscite des réactions de surprise et d’irritation, car elle est plus rare et inattendue.”

Rapports moins prévisibles. Mais il y a un autre aspect lié à l’évolution de l’information et à l’avènement des nouveaux médias. „La forte intégration qui, jusqu’à quelques années, existait entre la politique et les médias, s’est relâchée”, souligne le politologue Oscar Mazzoleni, responsable de l’Observatoire de la vie politique de Bellinzona. „Les rapports entre politiciens et journalistes sont moins prévisibles. L’accès à beaucoup plus d’informations par rapport au passé fait de la rencontre entre politiciens et journalistes un moment plus incertain et imprévisible, au cours duquel il peut y avoir plus facilement des malentendus et des soupçons.”
Dune part, le processus de personnalisation de la politique renforce l’individualité du politicien, „mais d’autre part il rend sa réputation plus vulnérable. De leur côté, les journalistes sont, aujourd’hui plus qu’hier, face à un public volubile dont ils doivent capter l’attention avec des nouvelles toujours très récentes et captivantes”, conclut Mazzoleni.
La redéfinition des rôles et la recherche de nouveaux équilibres sont en cours. Nul doute que les possibilités offertes par la nouvelle information de faire émerger des vérités, mêmes dérangeantes, se sont accrues, „c’est aux journalistes de les utiliser de façon appropriée”, déclare Serena Tinari.

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