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Deux correspondants de médias francophones parlent de leurs conditions de travail au Proche-Orient.
Propos recueillis par Patrick Vallélian

Charles Enderlin constate: „La couverture de l’actualité du conflit israélo-arabe est de plus en plus difficile.” Tel est le bilan d’Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem. L’homme sait de quoi il parle. Ce Français né à Paris en 1945, qui a émigré en Israël à la fin des années 1960, suit les événements qui bouleversent le Proche-Orient depuis plus de trente ans. Un exemple ? „L’opération israélienne à Gaza en janvier dernier”, répond celui a signé plusieurs livres sur l’histoire de la région („Années perdues: Intifada et guerres au Proche-Orient, 2001-2006”, Fayard, 2006, et „Par le feu et par le sang, le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël, 1936-1948”, Albin Michel, 2008). „Ce territoire était interdit à la presse internationale par Israël en dépit de décisions de la Haute cour de justice israélienne.”
Et puis, les journalistes ressentent de plus en plus le travail de l’état-major de communication installé auprès de la Présidence du conseil israélienne, poursuit Charles Enderlin. „Par exemple, à la fin de la guerre à Gaza, quelques instants après l’annonce de la mort tragique des filles du docteur Aboul Eish à Gaza, l’armée a immédiatement réagi en annonçant que les soldats avaient tiré sur la maison parce qu’ils avaient repéré des membres du Hamas, ce qui était évidemment faux…”
Autre entrave au travail des correspondants étrangers: les doubles nationaux israéliens ne sont pas autorisés à pénétrer dans Gaza par Israël. Quant à l’intérêt pour la région, il semble en déclin, selon le chef du bureau de France 2 à Jérusalem depuis 1991. „A part les chaînes tout-info, le reste des TV, surtout les généralistes ne couvrent qu’occasionnellement le conflit. Il y a dans les rédactions une lassitude envers cette histoire. Les images se répètent et, au plan politique, il n’y a pas grand-chose de nouveau. Cela changera probablement si Barack Obama lance une initiative de paix.” Faut-il donc arrêter d’en parler ? „C’est quand même un conflit important qui a une réelle influence sur l’ensemble de la région avec des conséquences sur le reste du monde”, répond Enderlin.

Aude Marcovitch n’a pas chômé depuis son arrivée en Israël en décembre 2008. Guerre à Gaza, élections législatives israéliennes, visite du pape en Terre sainte… Pour la nouvelle correspondante de la Radio Suisse Romande, il se passe toujours quelque chose de palpitant dans la région. „J’ai l’impression de sortir d’une machine à laver”, sourit- elle alors qu’elle passe quelques jours en Suisse. „Tout est très intense au Proche-Orient. Et je dois avouer que je n’ai aucun mal à vendre mes sujets à la rédaction centrale. Je suis très sollicitée.” Un regain d’intérêt pour la région ? „Effectivement”, répond la jeune femme qui a été correspondante à Genève de l’Agence France Presse. „Il y a eu l’espoir provoqué par le processus de paix dans les années 1990, les désillusions de 2000 et aujourd’hui le monde se demande si Obama saura trouver une issue à la crise.”
Reste que la jeune femme se demande si cet intérêt n’est pas „excessif”. „D’autres conflits sont tout aussi importants et sanglants. Regardez ce qui se passe au Congo”, indique-t-elle avant de corriger le tir. „Mais c’est vrai que la situation en Israël a tellement de conséquences sur le monde. Elle conditionne les relations internationales de nombreux pays.”
En quelques mois, Aude Marcovitch a en outre pu constater que les conditions de travail se compliquent. „Lors de la visite
du pape, les informations officielles étaient difficiles à obtenir. Israël mise sur la sécurité.” Et la communication y est réglée comme un coucou suisse. Côté palestinien, en revanche, c’est moins structuré et surtout plus „cool”, question sécurité. Mais ce qui surprend le plus la journaliste de la RSR, c’est que les acteurs du conflit lui demandent sans cesse de quel côté elle se situe.
„Ce que je refuse de dire. Je veux être une observatrice des événements. Pas une actrice. Je ne suis pas allée en Israël pour résoudre le conflit au Proche-Orient. Je veux juste faire mon travail de journaliste.”

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