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Regard explicatif et critique sur le traitement de l’actualité dans les médias: voilà comment se présente Médialogues sur le site de la Radio Suisse Romande. Deux ans après sa création, cette émission quotidienne a réussi à imposer un type original de journalisme en Suisse, alliant le décryptage des enjeux médiatiques à la mise en valeur de l’investigation et du reportage. Rencontre avec ses deux animateurs, Alain Maillard et Martine Galland.
Propos recueillis par Christian Campiche

EDITO: Quel était le thème de la première émission, le 27 août 2007 ?
Alain Maillard:
J’avoue que je ne m’en souviens pas du tout. Par contre je me rappelle très bien de la deuxième émission parce qu’elle ne m’avait pas convaincu. La radio alémanique venait de supprimer une émission quotidienne consacrée à la musique folklorique. Nous n’étions pas bien rodés. Parmi les autres expériences du début qui ne furent pas très heureuses, je me souviens aussi d’une chronique sur les manchettes de journaux, particulièrement adaptée au talent de comédien de Pascal Bernheim, cofondateur de Médialogues, mon partenaire à l’époque. Nous utilisions une forme d’humour qui pouvait être mal interprétée dans la mesure où l’on pouvait l’assimiler à un jugement critique, ce qui n’est pas la vocation de Médialogues. Nous ne sommes pas ici sur le Mont Olympe de la Sallaz pour juger les fabricants d’info mais pour participer à un échange de points de vue.

L’humour n’a pas droit de cité chez vous ?
Alain Maillard et Martine Galland:
Si, avec le BuZz, nous nous permettons de rigoler de certaines choses. Le matin, avant l’émission, nous faisons le tour des sites internet où nous avons de bonnes chances de trouver des vidéos en partage, de découvrir des choses qui émergent et de les partager avec les auditeurs.

Parmi vos hypothèses du départ, lesquelles se sont vérifiées ?
Quand nous avons démarré, notre rôle était d’éveiller l’esprit critique dans un monde marqué par une omniprésence médiatique, bombardé d’informations. Aux Etats-Unis, la consommation des médias, internet compris, s’étale sur 8 heures par jour. Or force est de constater, deux ans plus tard, que cette image de toute puissance des médias ne correspond plus à la réalité. La presse apparaît très affaiblie. L’érosion et la quête de la survie touchent aussi la télévision, voire l’internet. Au milieu de cette matière en mutation, les gens se questionnent. La distance critique augmente. Parallèlement, les journalistes deviennent plus accessibles car ils signent avec leurs adresses électroniques. En fait nous vivons une période très intéressante dans laquelle une émission telle que la nôtre a toute sa raison d’être ‒ de mêmequ’un magazine comme EDITO.

Merci! Quels sujets déclenchent le plus de réactions ?
Un jour nous avons invité Isabelle Bourgeois dont le site plaide en faveur de l’information positive. Ce thème a eu beaucoup de succès car les gens disaient en avoir marre de l’info-catastrophe. La lassitude face aux mauvaises nouvelles est quelque chose dont les rédactions sous-estiment l’importance. L’affiche des moutons noirs de l’UDC a aussi fait beaucoup réagir mais là c’était plus prévisible. Dernièrement, nous avons enregistré un vif débat entre Gérard Delaloye, taxé d’antisémitisme sur le site de la CICAD (ndlr: Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) et le secrétaire général de cette organisation, Johanne Gurfinkiel. Les réactions des auditeurs ont été encore plus chaudes. Mais, heureusement, dans l’ensemble, elles ont été plutôt constructives. Nous n’avons pas enregistré la même virulence, la même gratuité de propos que sur les sites de certains quotidiens. L’explication tient peut-être au ton général de l’émission.

Médialogues passe entre 9h30 et 10h00 ...
L’heure n’est pas géniale, c’est vrai. Le résultat est ambivalent car le moment jouit d’une bonne écoute mais ce ne sont pas les auditeurs que nous recherchons le plus. Nous aimerions toucher davantage les jeunes actifs. Or pour eux, la plage horaire se situe en dehors des heures de boulot. Mais Médialogues est un émission pilote en termes de podcasting.

Je vous retourne la question que vous m’aviez posée à Médialogues lors du lancement d’EDITO: à quoi servent les médias ?
Les médias doivent servir l’information mais aussi faire office de lien. Mais ils sont en général trop conformistes. Nous aimerions qu’ils surprennent davantage, qu’ils ouvrent des perspectives plutôt que de ressasser les mêmes thèmes. Nous sommes conscients que nous participons à cette surenchère médiatique. C’est une ambiguïté à laquelle nous pouvons difficilement échapper. Les émissions analogues comme Arrêt sur image, en France, souffrent du même défaut.

Justement, quelles sont les expériences analogues à Médialogues ?
A notre connaissance, il n’y en a pas en Suisse. En France, elles sont plus nombreuses. Les pionniers ont été Elisabeth Lévy et Philippe Cohen avec l’émission Le premier pouvoir sur France Culture, aujourd’hui disparue. Cohen dit que ce genre d’expérience finit mal. Arrêt sur images lui a donné partiellement raison en se muant en site indépendant. Les médias qui parlent des médias se heurtent à des résistances. Tout à coup, on trouve qu’ils en font trop. Deux pièges doivent être évités. Celui de la complaisance: inviter les collègues pour les entendre dire qu’ils sont formidables. Et la critique facile. Entre les deux il est difficile de se positionner. Un autre écueil est le manque de moyens. Notre équipe est réduite.

Comment réagissent les autres journalistes ?
Les réactions qui nous parviennent sont plutôt positives ou encourageantes. Et les gens des médias semblent ravis de venir à Médialogues. L’émission leur offre un espace d’expression inhabituel. Ils peuvent parler de leur travail de façon différente.

© EDITO 2009