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Le Jura et le Jura bernois résistent pour le moment aux processus de concentration de la presse régionale. Leurs populations voient ainsi leur information enrichie par diverses sensibilités médiatiques.
Par Philippe Chopard

Expert des médias, Roger Blum a affirmé dans le premier numéro d’EDITO que la qualité du travail des journalistes souffre des processus de concentration des journaux. Les stratégies des grands éditeurs contreviennent-ils vraiment à la qualité ? En d’autres termes, la collaboration entre titres a-t-elle des limites ? En Suisse romande, comme chez Astérix, l’Arc jurassien s’affirme encore être un creuset d’idées et de sensibilités médiatiques différentes.
La livraison du rapport final de l’Assemblée interjurassienne (AIJ), le 4 mai dernier à Moutier, a attiré près de 30 médias nationaux et régionaux, pour une information consensuelle. L’institution politique créée par le „traité de paix” du 25 mars 1994 entre les cantons de Berne et du Jura a été incapable de présenter une solution unique à la Question jurassienne. L’AIJ a, en toute transparence, révélé une fois de plus qu’elle ne pouvait pas être unanime quand il s’agit de toucher à l’indépendance des deux communautés qui y sont représentées.
Face à ce consensus, les journalistes ont parfois joué les picadors. „Le Temps” a répondu aux exigences du devoir d’information, légitimé par la Déclaration des droits et des devoirs, en faisant préalablement comprendre à ses lecteurs ce qui allait être révélé le 4 mai. Ce même quotidien, relayé également par „L’Express” et „L’Impartial” ainsi que la Télévision suisse italienne, ont voulu parler d’un projet de supercanton de l’Arc jurassien, incluant Neuchâtel. Projet qui n’était pas compris dans les réflexions de l’AIJ, a rappelé son président Serge Sierro lors de la remise du rapport. Il fallait donc bien que les différences de sensibilités des quotidiens régionaux de l’Arc jurassien s’expriment. Même si „L’Express”, „L’Impartial”, „Le Journal du Jura” et le „Quotidien jurassien” ont livré le même contenu informatif sur la grand-messe du 4 mai à Moutier, ces entreprises de médias ont toutes délégué leur artillerie lourde sur place. Les deux réacteurs en chef jurassien et du Jura bernois Rémy Chételat et Béat Grossenbacher ont fait leur métier de rédacteur en compagnie de leurs collaborateurs. Ces derniers ont joué les papillons dans la salle de la conférence de presse et à l’extérieur de celle-ci, recueillant force réactions.

Il n’est pas rare, dans le Jura bernois, que les acteurs politiques ou culturels fassent face aux représentants de trois quotidiens régionaux, deux hebdomadaires et une radio. Cela même quand il s’agit de présenter la nouvelle saison culturelle de Saint-Imier! Depuis février 2006, date à laquelle l’accord Arc presse est en vigueur, „L’Express”, „L’Impartial” et le „Journal du Jura” sont censés collaborer étroitement en échangeant leurs articles. Lors d’un événement aussi important que celui de la remise du rapport de l’AIJ, tout le monde était présent. Résultat des courses, les quotidiens neuchâtelois n’ont repris – à l’exception de quelques anecdotes – qu’un seul texte du „Journal du Jura”, à savoir la réaction de toute nouvelle conseillère d’Etat Gisèle Ory, née à Bienne mais qui a mené sa carrière politique à Neuchâtel. Les angles choisis par les médias de la région sont différents, et le Jura bernois, principal territoire où l’accord Arc presse s’exerce, y a toujours trouvé son compte. Même si, récemment, le dégraissage de la Société neuchâteloise de presse l’a privée de la présence régulière d’un rédacteur à Saint-Imier.
„Les articles doivent être des œuvres d’art” a encore affirmé Roger Blum en indiquant que seule la spécialisation garantit la qualité des textes rédactionnels. „D’accord pour collaborer, mais pour autant que nous le fassions intelligemment”, déclare Gérard Stegmüller, rédacteur de „L’Impartial” pour le Jura. Au sein des quotidiens neuchâtelois, la couverture de la remise du rapport de l’AIJ a ainsi été organisée en deux temps. La rédaction a délégué deux journalistes à Moutier et mobilisé d’autres forces pour apporter l’éclairage neuchâtelois à l’événement. De plus, comme leur système d’exploitation rédactionnelle correspond à celui du „Journal du Jura”, il leur était facile de suivre heure par heure l’évolution du travail fait par leurs collègues biennois. „Nous ne pouvions cependant pas reprendre l’intégralité des cinq pages qu’ils ont consacré à l’événement dans leur édition de mardi 5 mai”, remarque encore Gérard Stegmüller.

Zone de diffusion. Secrétaire général de l’Assemblée interjurassienne, Emanuel Gogniat, estime que les quotidiens régionaux attachent encore beaucoup d’importance à leur zone de diffusion. Cela même si le contenu de l’information qu’ils ont donnée à leurs lecteurs à l’appui de la conférence de presse du 4 mai a été à son avis assez „similaire”. L’angle du supercanton choisi par les quotidiens neuchâtelois l’a cependant frappé. „Chaque médias se soucie de faire correspondre l’information à la réalité de son lectorat”, relève-t-il. „Cela au risque de devoir abandonner des aspects du message que les fournisseurs d’information leur donnent. Dans le cas de l’AIJ, il est vrai que nous les avons servis avec abondance.”
Et l’Arc jurassien a été tout autant gâté par le nombre des quotidiens qui y paraissent ou y sont distribués.



ENTRE TRANSPARENCE ET SECRET
L’Assemblée interjurassienne a jonglé entre la conservation du secret de ses délibérations et son souci de transparence. „Nous n’avons jamais débattu de la question des embargos dont nous avons frappé la diffusion préalable de nos documents à la presse”, précise le secrétaire général Emanuel Gogniat. Il n’en reste pas moins que la remise du rapport final de l’AIJ, annoncée depuis six mois pour le 4 mai, a excité les convoitises des journalistes avides de „scoops”. A cet égard, Serge Jubin, du „Temps” a été très actif ces derniers mois. Sans violer les embargos posés par l’AIJ, les articles parus dans son quotidien ont été très explicites. Les organes de presse pamphlétaires de l’Arc jurassien, moins liés à la déontologie et aux usages tacites en vigueur dans la profession, à savoir „Le Quinquet” (Force démocratique) ou le „Jura libre” (Mouvement autonomiste jurassien) ont également profité du calendrier mis en place par l’AIJ pour faire valoir leurs arguments. Emanuel Gogniat souligne enfin que les embargos décidés par l’AIJ ont été respectés par les journalistes. „Nous les avons renseignés avant chaque conférence de presse par l’envoi préalable de nos documents. Cette démarche ne visitait qu’à faciliter leur travail.” PC

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