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Les dernières restructurations montrent une nouvelle fois que les employés des rédactions ont été consultés trop tard. Quand ils l’ont été… Pourtant les groupes de presse ont ce devoir.
Par Beatrice Gurzeler

Les médias font face à de grands changements: concurrence internationale sur le marché de la publicité, concentration, offre multimédia, convergence, mise en réseau (crossmedia) et prééminence accordée aux parutions online, sont désormais les maîtres mots du secteur. Parallèlement, la crise financière incite depuis 2008, la SSR et les entreprises médiatiques à prendre des mesures d’économie drastiques. Ce qui se traduit par un gel de l’embauche, des postes non repourvus ou supprimés, des réductions du temps de travail et des mises à la retraite anticipée. Les budgets destinés à l’engagement de collaborateurs externes sont revus à la baisse et des quotidiens entiers passent à la trappe.
Ces restructurations et ces plans d’économie touchent de plein fouet les employés des rédactions. Ces derniers ont pourtant une nouvelle fois été consultés trop tard, voire pas du tout. Les collaborateurs ont par exemple appris en même temps que le public que leurs postes allaient être supprimés ou que leur rédaction online allait réintégrer la rédaction „papier”. Des journalistes libres au bénéfice d’une collaboration régulière, ont vu le volume de leurs commandes diminuer massivement, bien avant que la décision des réductions de budget ne leur soit communiquée officiellement. Dans leurs déclarations publiques, les groupes de presse assurent que les mesures d’économie et les restructurations en cours ne se ressentiront pas sur la qualité de l’information et sur la diversité de l’offre. Or ce défi tient de la quadrature du cercle. Le savoir-faire des journalistes envoyés à la retraite anticipée va manquer aux rédactions qui, amputées d’une partie de leurs effectifs, devront également faire face à de plus grandes exigences de productivité et de flexibilité.

Conditions adéquates. Comme la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste l’indique dans son préambule, les journalistes doivent pouvoir compter sur des conditions générales adéquates dans l’exercice de leur profession, afin d’être en mesure de s’acquitter de leurs devoirs journalistiques de manière indépendante et en conformité aux critères de qualité requis. La Déclaration précise encore sous la lettre d, que les membres d’une équipe rédactionnelle doivent être informés à temps et entendus, avant toute décision propre à affecter la vie de l’entreprise. L’équipe des journalistes doit notamment être entendue avant décision définitive sur toute mesure modifiant la composition ou l’organisation de la rédaction.
Depuis le 1er juillet 2008, la Fondation Conseil suisse de la presse a été élargie aux associations d’éditeurs et à la SSR SRG idée suisse. En signant les protocoles d’accords, ces derniers acceptent donc de s’aligner sur la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste, pour toute question relevant de l’éthique des médias. Ils sont par conséquent tenus de respecter les règles d’éthique de la Déclaration, dont ils reconnaissent la validité tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de leur propre entreprise.
Le principe de la consultation des collaborateurs a été réaffirmé par le Conseil suisse de la presse lors de sa prise de position du 13 juillet 2008 concernant la convergence des médias. Les journalistes de la RTSI (Radio Televisione Svizzera Italiana) ont en effet adressé une plainte au Conseil suisse de la presse, car ils n’ont pas été consultés avant que leur direction ne statue définitivement sur la mise en œuvre du programme de réforme „Visione 2009”. Or ce programme ne prévoit rien de moins que la fusion de la rédaction online et de celles de la radio et de la télévision. Le Conseil suisse de la presse a donné raison aux journalistes en rappelant le principe contenu dans la Déclaration, qui veut que les collaborateurs des rédactions soient entendus avant toute décision définitive touchant des fusions et/ou l’organisation de leur travail.
Ce devoir d’information et de consultation complète d’éventuelles dispositions prévues par contrat, par contrat collectif ou par la législation. Sont expressément visés ici: la Convention collective de travail (CCT) du 1er janvier 2007 conclue entre impressum et l’association PRESSE SUISSE, les règlements d’entreprises dont disposent certains quotidiens, enfin, les mesures prescrites par la loi en cas de transfert des rapports de travail, licenciement collectif ou fusion d’entreprises.
Pour conclure, il est à noter que d’un point de vue d’éthique des médias, les collaborateurs devraient être entendus en cas de réorganisation ou de mesure d’économie affectant la vie de leur rédaction, même dans les cas où rien n’est prévu par le contrat collectif de travail ou lorsque les conditions ne sont pas réunies au sens de la loi, pour que s’applique le droit à la consultation.

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