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Par Christian Campiche

On ne le répétera jamais assez à l’heure où la presse s’engage dans un processus de concentration sans précédent: enjeu démocratique, l’information n’est pas un produit soumis à la loi des calculettes et des cabinets de conseil. Elle n’a pas à subir les représailles des administrateurs de médias qui font payer cher aux rédactions leurs propres lacunes en matière en gouvernance. Tout en affirmant, la bouche en cœur, que l’information ne pâtira pas des licenciements et des restructurations.

Je ne connais pas d’éditeur qui ne revendique pas le souci de la qualité dans ses publications. Mais je connais aussi beaucoup d’éditeurs qui croient pouvoir assurer cette qualité, voire l’améliorer, en réduisant les effectifs dans leurs rédactions. Sincérité naïve, méconnaissance du terrain ou cynisme?

Dans ce numéro d’EDITO, deux journalistes ont pris la plume pour raconter, chacun à sa manière, leur difficile parcours du combattant. Vito Robbiani (page 20) griffe la pratique au Tessin où les éditeurs paient les journalistes au lance-pierre. Ce faisant, les éditeurs scient la branche sur laquelle ils sont assis car ils découragent la qualité. Or, l’exemple le montre en Grande-Bretagne, les journaux qui donnent des moyens à l’investigation font exploser leur tirage.

Le vécu de Jacques Secretan (page 30) illustre aussi le dilemme auquel est confronté le journaliste désireux d’élargir son horizon professionnel ou d’aller plus loin, tout simplement. S’il veut s’affranchir du carcan d’une entreprise de presse, le journaliste choisira la voie l’indépendance mais ses fins de mois seront souvent problématiques.

Jacques Secretan pose un autre jalon de réflexion. Quel est le prix qu’un journaliste doit payer pour répondre à un idéal? Dans notre précédente édition (EDITO No 01), nous nous sommes interrogés sur la possibilité de mener de front son métier de journaliste et une carrière dans la politique. Nous avons vu qu’un journaliste salarié s’expose à la perte de son emploi s’il persévère dans cette voie. Jacques Secretan, lui, ne fait pas de politique, il se bat pour sauver des personnes injustement condamnées à mort. Son journalisme engagé est légitime, il enrichit le débat citoyen, pourtant ses récits trouvent rarement preneur dans les rédactions.

Officiellement, la raison la plus invoquée pour refuser le papier d’un correspondant est financière. Mais on peut se demander aussi si cette autttitude trop souvent négative ne cache pas, chez les journalistes salariés, de l’autosatisfaction ou un manque de courage. Le danger étant alors que le média s’enfonce dans le ronron et perde des lecteurs – et des annonceurs! – , accentuant la précarité de sa situation économique et sa vulnérabilité face à des propriétaires dont le souci est la satisfaction de l’actionnariat, bien avant toute considération intellectuelle ou philosophique.

© EDITO 2009